Vendredi 26 septembre 2008
Suite aux débâcles Enron et WorldCom, les Etats Unis on mit en place la
loi SOX en 2002, censée protéger les entreprises et leurs investisseurs, par une plus grande clarté dans les comptes. L’un des effets indirects de cette décision a été l’affaiblissement de New York comme place financière, et un transfert des IPO (mises en bourse) de New York vers
Londres et Euronext (Paris, Bruxelles, Amsterdam). Ce changement de paysage à lui même eu pour impact de pousser le New York Stock Exchange à racheter Euronext, et le NASDAQ de s’intéresser
au London Stock Exchange.
Autre référence intéressante, le
Glass-Steagall Act, mit en place notamment pour séparer les banques de commerce et les banques d’affaires, a été instauré en 1933 (cette
disposition fut abrogée en 1999), et présenté comme une des leçons de la crise de 1929. Les banques universelles, celles là même que le GSA a permit de
démembrer, sont aujourd’hui encensées comme le modèle idéal qui permet de traverser la crise, vouant aux gémonies les banques d’affaire ‘’pures’’ pourtant issues du GSA.
Je fais référence à ces deux
exemples car je suis un peu inquiet en voyant – des deux côtés de l’Atlantique – des politiques se mêler avec grande démagogie de la politique interne des firmes. Le plan propose par Paulson comporte de grandes zones d’hombre, certes. Par sa taille et son usage, il crée un droit
d’ingérence pour le peuple américain à travers ses élus, sans doute. En revanche, vouloir insérer des mesures démagogiques (limitation des
revenus) ou contre productives économiquement (réduction des expulsions, ce qui impactera négativement la valeur des avoirs et donc creusera d’autant
la facture du gouvernent) me paraît idiot.
Je suis fondamentalement en accord avec une grande partie du discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Toulon le 25
septembre, surtout sur la partie concernant l’Europe. J’apprécie également sa franchise, qui contraste avec les discours enthousiastes
présentés encore récemment : « Je veux dire aux Français qu'il n'existe aucune solution miracle qui permettrait à notre pays de se dispenser des efforts nécessaires pour surmonter la
crise. ». Toutefois, un certain nombre de points évoqués me paraissent susceptibles d’avoir des effets pervers à long terme, et donc négatifs
pour l’économie. Je ne reviendrai pas sur le couplet dénonçant les méchants banquiers, vu que je commence à être habitué.
Lorsque Nicolas Sarkozy dit « Les responsabilités doivent être recherchées et les responsables de ce naufrage au moins sanctionnés financièrement. » je dois avouer que j’attends avec
impatience de voir comment il compte s’y prendre, vu la complexité et le caractère international des acteurs. Soit il s’agit de choisir quelques boucs
émissaires à livrer en pâture aux électeurs, et dans ce cas on ne réglera rien à moyen terme, soit il s’agit de punir des entreprises et dans ce cas on recréé une incertitude en remplaçant le
risque de valorisation des actifs par un risque juridique. Quelque soit la solution favorisée, je doute que le Président de la France ait un impact déterminant…
La partie du discours qui
m’inquiète le plus (sur un plan macro) est : « Alors ou bien les professionnels se mettent d'accord sur des pratiques acceptables, ou bien nous réglerons le problème par la loi avant la
fin de l'année. ». C’est exactement le type de lois à chaud qui traite le problème partiellement et crée des impacts à long terme que personne ne prend le temps d’évaluer
correctement. Faire ce type de déclarations devant les cheminots pour leur imposer le service minimum est une bonne idée sans doute. En
revanche, avoir la même démarche avec des financiers qui peuvent localiser leurs bureaux ou bon leur semble, et transporter leurs activités aisément, ca me paraît plus délicat. Le glissement que New York a connu depuis la loi SOX va sans doute s’accélérer suite aux nouvelles lois mises en place dans le cadre du plan Paulson. Londres, en
raison du poids de la city pour l’Angleterre, prendra surement des décisions partielles, permettant d’être ‘’adaptées’’ facilement. La France en revanche, qui est déjà un acteur de second plan
dans la planète finance, risque fort de disparaître complément. Les investissements, effectués depuis l’étranger, changeront de logiques. Les grands établissements financiers de demain
pourront avoir leurs siège à Hong-Kong, Dubaï ou Singapour… En temps de crise, le pays d’origine de l’entreprise concernée est généralement surprotégé par
rapport aux filiales étrangères (moins de licenciements, plus d’attention…). Il serait bon de s’en rappeler avant de prendre des décisions qui peuvent impacter durablement la capacité économique
de l’Europe.
Je considère également que le passage qui souhaite « Opposer
l'effort du travailleur à l'argent facile de la spéculation, opposer l'engagement de l'entrepreneur qui risque tout dans son entreprise à l'anonymat des marchés financiers, opposer un capitalisme
de production à un capitalisme de court terme, accorder une priorité à l'industrie au moment où l'étau de la finance se desserre » semble très, mais alors très, démagogique à mes
yeux.
Dernier détail en clin d’œil, il faudra que quelqu’un m’explique le : « Je n'accepterai pas des hausses des impôts et des taxes qui réduiraient le pouvoir d'achat des
Français. »…Et le RSA (qui est une très bonne mesure par ailleurs), on le paye comment ?
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