Depuis Tokyo, je vois le gouvernement de François Fillon lancer des réformes, et en suis ravi.
Universités, fiscalité, service public, Europe… tous ces sujets méritent assurément l’attention du gouvernement, et des médias.
Toutefois, il est un sujet, qui me tient particulièrement à cœur, et que je souhaiterais voir traité de
manière plus étendue. Les Français de l’étranger se sont vu promettre un certain nombre de mesures, touchant à l’éducation, la fiscalité de la résidence en France, les caisses de secours aux
Français en difficulté et, le serpent de mer nous concernant, des députés représentant les Français de l’étranger.
Concernant les députés, la première apparition de cette promesse date de 1981 et des 110 propositions
de François Mitterrand. La proposition numéro 48 indique que « La représentation parlementaire des Français de l’étranger, comprenant non seulement des sénateurs mais aussi des députés,
sera assurée selon des procédures qui en garantiront le caractère démocratique. »
Par curiosité, j’ai mené des recherches sur ce sujet, dans la presse française depuis le début des
années 1990. Quelle ne fut pas ma surprise – dois-je parler, déjà, de déception ? – lorsque je me suis rendu compte que les Français de l’étranger firent l’objet d’articles enflammés et de
déclarations d’amour des politiques à trois reprises : 1995, 2002 et 2007. Le manque de hasard évident de ces dates m’a poussé à étudier plus en détail le contenu de ces articles. Dans un
grand quotidien [1], Cecile Chambraud nous apprenait, en 1995, que « Les deux candidats de la majorité courtisent les français de
l'étranger » et que « Lorsque vient le temps de la campagne électorale, ces lointains électeurs savent bien que les candidats trouveront sans effort les chemins pour les
solliciter ». Quelle actualité dans ce commentaire !
2007 fût un grand cru pour les magazines et journaux français qui titrent « Les candidats vont à
la pêche aux voix d'expatriés » [2], « Présidentielle: les électeurs de l'étranger commencent à compter » [3] ou bien encore « Les Français de l'étranger
pourraient faire la différence » [4]. Avant d’effectuer cette vérification j’étais ému : tant d’amour et d’attention de la part de nos dirigeants durant la campagne. Qui
pourrait rester de marbre ?
Le sujet ne trouva son chemin dans un quotidien hors période d’élection qu’en 1999 avec ce titre
révolutionnaire : « Le Conseil économique et social préconise une représentation des expatriés à l'Assemblée nationale » [5]… le message semble avoir été
entendu !
A l’issue de mes recherches, j’hésite entre la déception et l’espoir. Déception de voir
que, à plusieurs reprises, les Français de l’étranger se sont laissé abuser par ces promesses. Espoir que le nouveau Président tienne les siennes et
accorde enfin ce qui est promis aux deux millions de Français résidants hors du territoire. Naïf ? Peut être.
Passé le constat, il faut donc aller de l’avant et tenter de comprendre comment faire évoluer cette
question et comment vous convaincre, vous, Français de France, que votre vie sera meilleure si celle de vos compatriotes passe-frontières est représentée à l’Assemblée.
Les députés représentent la Nation, et il est donc primordial que la Nation se sente représentée par
eux. Les Français de l’étranger font partie intégrante de la Nation française, et doivent avoir un accès réel à ces élections, comme tout citoyen. Les Français établis hors de France représentent
notre pays chaque jour, dans leurs activités quotidiennes et dans leurs initiatives entrepreneuriales ou artistiques. Avoir le sentiment d’appartenir à la Nation française est également
particulièrement important pour les enfants de couples binationaux, établis à l’étranger. Elire un représentant du peuple est un acte citoyen, et revêt une signification particulière pour celui
ou celle qui baigne dans deux cultures, deux origines, deux mondes. Etre certain que cette jeune génération se sente française également, c’est assurer le rayonnement de la France dans le monde,
créer des relais capables d’appréhender d’autres cultures pour faire gagner la France. C’est ici l’un des aspects admirables de la mondialisation, pourquoi s’en priver ?
Ces députés pourraient relayer efficacement, et non de manière consultative comme c’est le cas
actuellement avec l’Assemblée des Français de l’Etranger, les expériences et les apprentissages des Français vivant hors de France. Apporter un point de vue différent, enrichi de l’expérience des
tentatives ou savoir-faire politiques à l’étranger, permettrait d’élaborer des projets de lois ou des amendements plus efficaces. Faute de relai à l’Assemblée, certaines lois excellentes
proposées par les Sénateurs des Français établis hors de France ne voient jamais le jour, et se perdent dans les méandres de la procédure législative.
Enfin, les députés des Français établis hors de France peuvent également devenir un jour les députés de
Français actuellement en France. L’expatriation s’inscrit de plus en plus fréquemment dans la vie des Français, par exemple dans le plan de carrière normal d’un cadre au sein d’une grande
entreprise. L’ouverture culturelle, les découvertes que cette expérience apporte attirent un nombre croissant de Français. 130 000 inscrits sur les listes électorales en 1981 et plus de 800 000
en 2007, pour deux millions de résidents. De même, l’expatriation s’inscrit pour nombre d’entre nous comme une étape temporaire durant laquelle la
plupart restent actifs politiquement et concernés par l’avenir de la France.
Mon espoir porte désormais sur le comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le
rééquilibrage des institutions de la Vème République, présidé par Edouard Balladur et instauré par Nicolas Sarkozy. Ce comité a reçu, dans sa lettre de mission du 18 juillet, une indication
claire concernant la représentation des Français de l’étranger à l’Assemblée. Ce projet touche-t-il enfin au but ?
Notes :
[1] Le Monde, 13 mars 1995
[2] Challenges, 1 mars 2007
[3] The Associated Press, 10 mars 2007
[4] La Charente Libre, 29 mars 2007
[5] Les Echos, 27 avril 1999
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