Vous
trouverez ci-dessous un extrait de l'avis du député Axel PONIATOWSKI au NOM DE LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
SUR LE PROJET DE LOI CONSTITUTIONNELLE de modernisation des institutions de la Ve République, publié le 14 mai 2008
"1 326 087 ressortissants français étaient
inscrits sur le registre mondial des Français établis hors de France au 31 décembre 2007. Cette inscription étant facultative, la population française à l’étranger est estimée à plus de deux
millions de personnes.
Nos concitoyens expatriés sont non
seulement les premiers vecteurs de l’influence française à l’étranger mais aussi une source précieuse d’information sur les pays dans lesquels ils résident.
En
permettant aux Français de l’étranger d’élire des députés, le projet de loi satisfait une revendication ancienne et réalise l’une des promesses de campagne du Président de la République et de la
majorité présidentielle, réitérée par Nicolas Sarkozy lors de sa visite en Tunisie le 29 avril dernier.
« Il n’y a aucune raison pour que
les Français vivant hors de France ne puissent influencer, dans les mêmes conditions que les Français vivant en France, les choix politiques décisifs concernant notre pays. Or, c’est actuellement
le cas puisque ces Français ne sont représentés qu’au Sénat. Nous permettrons donc aux Français de l’étranger d’élire également des députés. » (2)
La
représentation des Français établis hors de France est inscrite dans la Constitution depuis 1958. Son article 24 en assigne la mission au Sénat exclusivement.
Jusqu’en 1983, les sénateurs
représentant les Français établis hors de France étaient désignés par le Sénat sur proposition du Conseil supérieur des Français de l’étranger. Depuis la loi du 18 mai 1983 (3), ils sont élus par
un collège formé des membres élus du Conseil supérieur des Français de l’étranger, devenu l’Assemblée des Français de l’étranger depuis 2004.
Actuellement, douze sénateurs représentent les Français de l’étranger (4). Ils sont élus, à la représentation proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne sans panachage ni vote
préférentiel, par les 153 conseillers (155 à partir de 2009) de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) qui forment le collège électoral sénatorial.
Les
conseillers sont élus pour six ans par les ressortissants inscrits au registre des Français établis hors de France. Le collège électoral est renouvelable par moitié tous les trois ans. La série A
(77 sièges) comprend les circonscriptions d’Amérique (30) et d’Afrique (47) ; la série B (76 sièges), celles d’Europe (52) ainsi que celles d’Asie-Océanie et Levant (24). On dénombre actuellement
52 circonscriptions électorales, avec un ou plusieurs conseillers par circonscription. Un pays peut comporter plusieurs circonscriptions, et une circonscription peut recouvrir plusieurs pays. Le
mode d’élection est celui de la représentation proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne, sans panachage ni vote préférentiel, dans les circonscriptions qui élisent au moins trois
conseillers ; dans les autres circonscriptions, l’élection a lieu au scrutin majoritaire à un tour.
Seuls deux pays européens, le
Portugal et l’Italie, prévoient la représentation de leurs citoyens installés à l’étranger.
En Italie, la création en 2000 d’une
circonscription « Étranger » au Parlement a permis l’attribution de douze des 630 sièges de la Chambre des députés et de trois des 315 sièges du Sénat en faveur de la représentation des Italiens
de l’étranger. Le nombre total de députés et de sénateurs est néanmoins resté inchangé.
Au Portugal, deux des vingt-deux
circonscriptions électorales sont réservées à la représentation parlementaire des Portugais de l’étranger, l’une à ceux résidant en Europe et l’autre hors d’Europe. Dans ce Parlement monocaméral,
les deux circonscriptions permettent d’élire quatre députés sur un total de 230.
Alors que le nombre de Français à
l’étranger ne cesse de croître, leur participation au processus électoral est entravée par deux facteurs : en premier lieu, les difficultés matérielles rencontrées dans l’exercice effectif du
droit de vote dont témoigne notamment le taux d’abstention constaté lors des dernières élections présidentielles ; en second lieu, leur représentation partielle au Parlement.
Pour résoudre les premières, la loi
du 28 mars 2003 (5) autorise le vote par correspondance électronique des Français établis hors de France pour les élections de l’AFE. Celui-ci a été
expérimenté pour la première fois à l’occasion du renouvellement partiel de juin 2003 pour la circonscription des Etats-Unis. Il a été généralisé pour le renouvellement de juin 2006 mais, en
raison de contraintes techniques particulièrement lourdes, les électeurs n’ont été que 14 % à choisir ce mode d’élection.
Afin de garantir le respect du droit
de suffrage, l’idée d’une représentation à l’Assemblée nationale des Français de l’étranger a été périodiquement avancée. Une proposition de loi organique avait été déposée en ce sens au Sénat
sous la précédente législature (6).
Le
comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Vème République, présidé par Édouard Balladur, a néanmoins écarté cette réforme considérant
qu’il était « inopportun de modifier le mode de représentation des Français de l’étranger » et donc recommandé le statu quo.
Le
projet de loi s’affranchit de cette suggestion puisque l’article 9 prévoit que les Français établis hors de France sont également représentés à l’Assemblée nationale. L’élection de ces députés
soulève cependant plusieurs questions quant à sa mise en œuvre, que n’avait pas manqué de souligner le Comité.
La première difficulté tient à la
détermination du nombre de députés susceptibles d’être élus par les Français de l’étranger.
Le nombre de députés peut
difficilement être inférieur au nombre, élevé, de sénateurs représentant les Français établis hors de France, soit douze sièges. En outre, l’importance de la population française à l’étranger
pourrait justifier l’attribution d’une vingtaine de sièges afin de respecter la proportionnalité entre poids démographique de la circonscription et siège de député qui gouverne le découpage
électoral.
Cette question ne peut être en outre
être appréhendée sans se prononcer sur le nombre global de membres de l’Assemblée nationale. Face aux critiques sur le caractère pléthorique de la représentation nationale, les responsables
politiques s’accordent pour considérer que le nombre actuel de 577 députés constitue une limite maximale. C’est pourquoi il est souhaitable que la création de nouveaux sièges s’effectue à nombre
constant sauf à alimenter l’antiparlementarisme et la défiance vis-à-vis des élus.
Dès lors, la traduction de la
représentation des Français de l’étranger à l’Assemblée nationale s’apparente à un exercice de funambule. L’élection de députés issus de circonscriptions nouvelles dans les limites de l’effectif
actuel de la représentation nationale privera nécessairement certains députés de leur siège existant. Les opérations de découpage électoral risquent de s’avérer particulièrement délicates. Il est
donc nécessaire que la réflexion sur le nombre de sièges attribués aux députés représentant les Français de l’étranger s’inscrive dans la perspective de révision des circonscriptions législatives
que le Conseil constitutionnel a appelé de ses vœux à plusieurs reprises et en vue de laquelle l’article 10 du projet de loi crée une commission indépendante.
Le
secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement a indiqué lors de son audition par la commission des Lois (7) que le choix n’était pas encore arrêté : « S’agissant de la représentation
du 1,4 million de Français de l’étranger, il est envisagé, au stade actuel de la réflexion, un nombre de dix à douze députés élus au scrutin de liste, soit majoritaire soit proportionnel, au sein
de très grandes circonscriptions délimitées au niveau mondial – sans que le découpage soit encore arrêté ».
Ce propos confirme que la
détermination du mode de scrutin et la délimitation des circonscriptions constituent une autre source de complexité. On peut ainsi se demander si les quatre grandes circonscriptions définies pour
l’élection des conseillers de l’AFE peuvent être le cadre des élections législatives. Le mode de scrutin peut-il être différent selon la taille et la population française des circonscriptions
? Il importe à tout le moins que le
découpage des circonscriptions reflète la diversité des zones géographiques dans lesquelles les Français sont établis. Actuellement, les sénateurs représentant les Français de l’étranger sont
ainsi tous issus de la zone Europe. Quelle que soit la délimitation
retenue, la dispersion des Français de l’étranger sur la planète et la singularité de leur représentation semblent justifier l’introduction de la part de scrutin proportionnel que d’aucuns
réclament par ailleurs.
Si l’objectif louable d’améliorer la
représentation des Français de l’étranger peut être partagé, sa mise en œuvre devra être suivie avec vigilance par le Parlement, et singulièrement l’Assemblée nationale, afin d’en maîtriser les
conséquences pour la représentation nationale."
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